Nos métiers
Consultants, courtiers, centrales et groupements d'achat, comparateurs : derrière des noms différents, un même métier, celui d'intermédiaire entre les fournisseurs d'énergie et les consommateurs professionnels. Depuis l'ouverture des marchés et la disparition des tarifs réglementés, ce métier a pris une place croissante : analyser des offres devenues complexes, mettre les fournisseurs en concurrence, sécuriser les contrats et piloter un poste de dépense désormais stratégique pour les entreprises, les associations et les collectivités. C'est de ce métier que je veux parler (de sa réalité actuelle comme de son avenir) et de la conviction qui anime l'ACCIE.
Des abus que tout le monde connaît
Regardons la réalité en face. Les abus, tout professionnel du secteur les connaît, et j'en suis : cofondateur d'un cabinet de conseil et de courtage en énergie, je peux en témoigner quotidiennement. Ce que les médias en ont montré reste très en deçà de ce que nous voyons sur le terrain. Mais inutile de refaire le procès des dérives : le temps n'est plus à la dénonciation, il est à la construction.
Le moment d'agir
En ce moment, les lignes bougent. L'encadrement du courtage en énergie par les pouvoirs publics est désormais inéluctable. L'anomalie est enfin corrigée. En effet, toutes les autres professions de courtage sont encadrées (assurance, immobilier, produits financiers etc.), sauf la notre. Comment justifier ce vide, quand l'énergie est devenue l'un des tout premiers postes de dépense et enjeux stratégiques des entreprises et des collectivités ?
La peur, cause et conséquence
Ce vide a un coût : la défiance. À force de dérives, l'intermédiaire est trop souvent perçu comme une menace plutôt qu'un partenaire, et y recourir comme un risque — non sans raison, face à un métier dérégulé. Faute de chiffres officiels, certaines estimations évoquent à peine 10 à 15 % des entreprises qui font appel à lui. Cause ou conséquence de la défiance ? Les deux, sans doute. C'est ce cercle qu'il faut briser.
Ma vision : un marché qui ne demande qu'à grandir
J'en suis convaincu : le jour où l'activité sera encadrée et où les acteurs seront mieux qualifiés, le marché du courtage en énergie connaîtra une croissance considérable. Là où une entreprise sur dix fait aujourd'hui appel à un intermédiaire, ce pourrait être, demain, près d'une sur deux. Ce n'est pas une utopie : c'est ce que l'on observe dans toutes les professions d'intermédiation devenues fiables. La confiance crée le marché.
Mais pour atteindre cette fluidité, une étape est incontournable : l'encadrement du métier.
Trois axes pour assainir la profession
Les chantiers sont nombreux, mais nous en identifions trois principaux.
Le premier : un registre, pour savoir qui exerce. À l'image de l'ORIAS, qui recense depuis bientôt vingt ans les intermédiaires en assurance, en banque et en finance, un tel registre mettrait fin à la jungle actuelle. Et qui dit registre dit aussi possibilité de radiation pour ceux qui ne respectent pas les règles. Cette exigence vaut pour l'ensemble des intermédiaires.
Le deuxième : la formation obligatoire de celles et ceux qui présentent des offres de fourniture d'énergie à des professionnels. Nous sommes aujourd'hui le seul métier où l'on peut, sans aucune compétence préalable, conseiller des entreprises dont les budgets énergie se chiffrent en centaines de milliers d'euros. Exiger un socle minimal de connaissances n'a rien d'excessif : c'est la première des garanties dues au client. Cette exigence, elle aussi, concerne tous les intermédiaires.
Le troisième : la transparence des rémunérations. Cet axe vise spécifiquement les intermédiaires rémunérés par les fournisseurs (courtiers, groupements d'achat et autres acteurs commissionnés en amont). La quasi-totalité des dérives que nous constatons trouvent leur origine dans des commissions aussi élevées qu'opaques. Lorsque la rémunération sera explicitée auprès du consommateur final, les abus se réduiront mécaniquement. La transparence n'est pas une contrainte : c'est le meilleur rempart contre les dérives.
L'illusion de l'autorégulation
Que l'on ne s'y trompe pas : il serait illusoire de croire que la profession peut se discipliner seule, surtout lorsque les rémunérations en jeu sont aussi importantes. Les certifications et les chartes vont dans le bon sens, et je les salue ; mais elles ne sont pas la solution. La solution, c'est un cadre posé par le législateur, assorti d'organismes de contrôle. Rien d'autre ne tiendra dans la durée.
Le rôle de l'ACCIE
Officiellement née en mai 2026, l'ACCIE ne se résume pas à un rôle d'influence. Notre action se déploie autour de trois missions.
Fédérer et structurer une profession encore trop dispersée, pour lui donner une voix commune et une vraie crédibilité.
Protéger les entreprises, en leur garantissant des interlocuteurs fiables, formés et responsables, et le juste prix de leur énergie — sans marges cachées ni commissions dissimulées.
Peser dans le débat public, enfin, en étant l'interlocuteur de terrain de ceux qui ont le pouvoir de fixer le cadre : nous apportons une expertise, une connaissance fine des pratiques et des propositions concrètes, et nous contribuerons activement à la réflexion en cours.
Pour conclure
Mon espérance est simple. Que nous puissions, très vite, exercer dans un marché sain et transparent, où la confiance entre les consommateurs et leurs intermédiaires soit la règle et non l'exception. Car, bien pensé, un cadre ne dresse pas les uns contre les autres : il fait converger trois intérêts qui ont tout à gagner à se rejoindre : ceux des consommateurs, qui veulent un conseil fiable au juste prix ; ceux des fournisseurs, qui ont besoin d'interlocuteurs sérieux et d'un marché fluide ; et ceux des intermédiaires eux-mêmes, dont la valeur ne sera reconnue que dans un environnement assaini. Les entreprises ont besoin de nous. Et les intermédiaires ont besoin de cet encadrement pour que la profession progresse et donne, enfin, le meilleur d'elle-même.
François MERCEY
Président de l'ACCIE
