Une rentrée sous tension
Septembre est là, et il ne ressemble pas à une rentrée ordinaire. Les marchés de l'énergie abordent l'automne dans un climat de forte nervosité. Les deux mois de vacances ont suffi à bouleverser la donne : le prix du gaz pour livraison 2027 a progressé de près de 50 %, et celui de l'électricité pour la même échéance de près de 25 %. Pour les professionnels, dont l'énergie constitue déjà l'un des tout premiers postes de dépense, les décisions d'achat n'ont jamais été aussi compliquées à prendre.
Je veux donc commencer ce mot de rentrée par un message simple, adressé à l'ensemble de la profession : bon courage. À vous, consultants, courtiers, comparateurs, groupements d'achat et intermédiaires de toute nature, qui allez accompagner les consommateurs professionnels dans les semaines exigeantes qui s'annoncent. Vous êtes en première ligne, sollicités de toutes parts, souvent appelés à conseiller dans l'incertitude. C'est un rôle difficile, et vous l'assurez avec rigueur.
C'est précisément dans ces moments que notre métier prend tout son sens, et que se mesure la valeur de notre intervention. Cette rentrée sera, pour chacun de nous, l'occasion de démontrer ce que peut être un intermédiaire au service de son client.
Quatre mois, et déjà une réalité
Née il y a quatre mois seulement, l'ACCIE réunit déjà onze cabinets fondateurs, présents sur l'ensemble du territoire, qui ont fait le choix de la clarté et de l'engagement collectif. Notre première réunion s'est tenue en juillet ; notre programme est établi ; notre site présente désormais publiquement la liste de nos membres. L'association est entrée dans sa phase opérationnelle.
Je mesure ce que cela représente. Dans un secteur longtemps exercé de manière dispersée, des professionnels qui sont aussi des concurrents ont décidé de parler d'une seule voix. Cette voix, nous l'avons déjà portée auprès des pouvoirs publics, et nous continuerons à la porter partout où se décide l'avenir de notre profession.
Les choses vont bouger
Je veux être clair sur ce point : les choses vont bouger, et nous ferons le nécessaire pour qu'elles bougent. L'encadrement du courtage en énergie n'est plus une hypothèse ; c'est une échéance. Toutes les autres professions d'intermédiation, qu'il s'agisse de l'assurance, du crédit ou de l'immobilier, ont été encadrées par la loi. La nôtre reste la dernière exception, et cette exception n'est plus tenable quand l'énergie est devenue un enjeu stratégique pour l'économie du pays.
L'ACCIE n'attendra pas que ce cadre tombe du ciel. Nous le construisons, dossier après dossier, rencontre après rencontre, avec la connaissance du terrain que nous seuls pouvons apporter. Nous serons l'interlocuteur de place de tous ceux qui ont le pouvoir de fixer les règles du jeu.
Nos propositions ne changent pas
Elles sont connues, elles sont simples, et je les redis parce qu'elles méritent d'être martelées :
- Un registre professionnel. Savoir qui exerce, à l'image de l'ORIAS pour les intermédiaires en assurance, banque et finance. Et pouvoir radier ceux qui ne respectent pas les règles.
- Une formation obligatoire. Un socle de compétences vérifié, initial et continu, pour toute personne qui présente des offres de fourniture d'énergie à des professionnels.
- Un document contractuel entre le courtier et le consommateur. Un mandat écrit qui fixe le périmètre de la mission, la rémunération perçue, la durée de l'engagement. Là où il n'existe aujourd'hui, le plus souvent, aucune trace.
- La transparence des rémunérations. Que le consommateur final sache ce que gagne l'intermédiaire qui le conseille. La quasi-totalité des dérives que nous constatons trouvent leur origine dans des commissions aussi élevées qu'opaques.
Une campagne, un débat, une place à prendre
La campagne présidentielle s'ouvre. Les candidats parleront d'énergie, et c'est heureux : production, prix, place du nucléaire, avenir de la libéralisation du marché. Je forme le vœu que le sujet de l'intermédiation trouve, lui aussi, sa place dans le débat public.
Car nos propositions ont une particularité rare : elles ne coûtent pas un euro au contribuable. Un registre, une formation, un contrat, une rémunération transparente : ce sont des règles, pas des dépenses. Et un marché de l'intermédiation assaini bénéficierait à toutes les entreprises françaises, de la TPE à l'industriel, de l'association à la collectivité. À l'heure où chacun cherche des mesures utiles et peu coûteuses pour la compétitivité du pays, en voici une.
À toutes les parties prenantes
Ce mot de rentrée s'adresse à tous. Aux adhérents de l'ACCIE, qui portent ce projet avec conviction. Aux cabinets qui partagent nos valeurs, mais qui hésitent encore : votre place est parmi nous, et l'association sera plus forte de chaque nouvelle voix. Aux fournisseurs d'énergie, avec lesquels nous voulons construire une relation de confiance : vous avez besoin d'intermédiaires sérieux et d'un marché fluide, et nous avons besoin de vous pour améliorer le fonctionnement de l'intermédiation dans son ensemble. Aux consommateurs professionnels, enfin : vous êtes la raison d'être de tout cela.
Pour conclure
Cette rentrée est exigeante, mais elle tombe au bon moment. Le contexte de marché rappelle à quel point les professionnels ont besoin d'être accompagnés ; le contexte politique nous offre l'occasion de faire entendre une proposition simple et utile ; et l'ACCIE, désormais constituée, a les moyens de la porter.
Nous ne demandons rien d'exorbitant : seulement que notre métier soit encadré, comme le sont toutes les autres professions d'intermédiation. Nous le demandons pour les entreprises, pour les fournisseurs, et pour les intermédiaires eux-mêmes, dont la valeur ne sera pleinement reconnue que dans un marché assaini.
Bonne rentrée à toutes et à tous. Le travail commence.
François MERCEY
Président de l'ACCIE